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Une vision pour les échecs marocains

Publié le samedi 8 mars 2008.


Trois articles, d’Ali Sebbar, Mourad Métioui et du Professeur Lameti, lancent un véritable débat sur l’avenir des échecs au Maroc, alors que nous ne sommes toujours pas sortis de la plus forte crise historique qu’ait connu notre discipline et qu’aucune équipe fédérale nouvelle se soit révélée.

Cette crise nous laisse avec des condamnations internationales, la mémoire douloureuse des injustices contre les meilleurs de nos fils, un niveau international à la neuvième place du Monde Arabe, un Elo quelques temps oublié, une FRME riche de dettes et pauvre en argent et en matériel.

Seules nos jeunes filles et nos champions de l’étranger sauvent l’honneur, sans rien devoir au collectif national, sans oublier les valeureux Mokhlis et Hifad, que je salue ici pour leur courage silencieux face aux obstacles, tracasseries et humiliations.

Cette crise n’est pas finie, il nous reste encore à en vivre le plus lourd chapitre, celui des dissimulations, des subventions publiques retirées en liquide et en solitaire par l’ancien président, des matériels distribués avec favoritisme, du détournement du Trophée Mohamed Sekkat, du faux rapport financier pour l’exercice 2006 et de la concussion ordinaire et extraordinaire, dans laquelle s’est vautré le haut de l’état- major fédéral.

Ce constat de faillite financière et sportive étant fait, la grande question touchant à l’avenir de notre discipline est :

Quelle équipe de fer et avec quel programme, va relever le défi du sauvetage de la défunte FRME ?

Là, nous ne voyons que des manoeuvres souterraines, où les postulants ne se font pas connaître du grand public. Nous sommes en plein paradoxe. Alors qu’aucune suspension ne peut plus frapper personne et que les résistants de la première heure, devraient légitimement battre le rappel de leurs troupes, nous n’entendons qu’un silence gêné.

Personnellement, j’appréhende plus l’arrivée de la prochaine équipe fédérale que la période que nous traversons actuellement.

Semlali, fait du bon travail, nous a rendu l’Elo que l’ancien président n’avait plus payé depuis trois ans, s’est investi sur TAZA en ranimant la compétition nationale, travaille à notre réhabilitation auprès de la FADE et de la FIDE, bref, il fait mieux et plus que l’autre.

Malheureusement, Semlali, ne va pas pouvoir éternellement gouverner seul, face à un Bureau Fédéral téléguidé. Je crains aussi que la purification administrative des clubs pouvant voter, ne nous donne pas la bonne expression politique de notre sport, tout au contraire, en éliminant les électeurs factices, il restera tout de même ce gros tas de présidents de club, qui sont les fossoyeurs de notre sport.

Par conséquent, pour donner vie à notre idéal, nous devons envisager de nous séparer d’une FRME, qui ne nous conviendrait pas. C’est là que se tient véritablement la ligne de fracture des échecs marocains, qui ne se situe pas entre ceux qui étaient au pouvoir hier et leurs opposants, mais entre les pousseurs de bois et les sportifs.

La place naturelle des sportifs est à la tête de la Fédération nationale, si par confusion des genres ce sont les pousseurs de bois qui l’occupent, laissons leur donc les magnifiques locaux du stade Mohamed V et toutes les subventions publiques, nous n’en avons pas besoin, parce que par nature nous savons prendre avec notre coeur, les ressources auprès de ceux qui dans chaque pays dans le monde soutiennent le sport.

Une séparation familiale, de membres qui ne peuvent pas vivre sous le même toit, mais qui peuvent se réunir à l’occasion de fêtes.

D’ailleurs, nous les gênons, avec nos ordinateurs et nos livres et ces enfants qui ne supportent pas la fumée des arrières-salles de café, ainsi que nos conversations qui les assomment, la formation des jeunes, l’éducation, l’entrainement ou la compétition.

A partir de cette nécessaire séparation, les tenants des échecs sportifs pourront enfin avoir une vision pour les échecs marocains. Je dis, VISION, c’est là le maître mot, je dis MAROCAINS, c’est l’histoire que nous allons écrire, sans chercher ailleurs, ce que nous sommes capables de construire ici, lorsque des hommes partageant le même idéal, travaillant au coude à coude, portant leur regard vers un même horizon et combattant le profit personnel, pour s’élever ensemble vers l’Idéal Olympique.

Vous voulez vraiment savoir, quels sont les ingrédients magiques de cette vision ?

- Même s’il est encore bien tôt, c’est tout premièrement la formation des jeunes, qui nous permettra d’atteindre la masse critique de 200 compétiteurs de Première Division Nationale, sans laquelle nous ne pouvons pas avoir d’animation sportive nationale.

- Deuxièmement, un circuit marocain de tournois, pour permettre à notre élite actuelle de s’exprimer chez elle, à notre future élite de s’aguerrir, aux joueurs étrangers de nous découvrir et de nous inviter pour la pareille chez eux.

- Troisièmement, une politique programmée pour nos équipes nationales. Là, il faut travailler avec nos champions, se donner des entraineurs, mettre en place des budgets spécifiques, car si nous n’avons pas d’équipes nationales fortes, notre développement interne ne se fera pas.

- Quatrièmement, faire revivre et désenclaver notre sport, en tenant compte que le centre ne doit pas laisser de branches mortes dans l’Oriental, que Tanger et Azemmour ont une histoire interrompue.

Voilà, ce que doivent faire les sportifs en se libérant du fardeau d’une cohabitation devenue insoutenable, qui les a empêché jusqu’à présent, de se développer, à l’instar des autres nations.

Les meilleurs d’entre-nous, se sont mobilisés, je vois leurs regards clairs se tourner vers l’avenir.

Pierre BEISO


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