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« C’était il y a…36 ans »

Le Championnat du Monde de Reykjavik

Le Match du siècle
Publié le mercredi 30 janvier 2008.


Bobby Fischer, n’est plus. Le 17 janvier 2008, à Reykjavik en Islande, il range ses pièces pour nous dire que cette fois il s’est bel est bien retiré. Sans retour. Ce qui est certain : son non restera à jamais gravé dans l’esprit de plusieurs générations de joueurs d’échecs dans le monde. Plus que d’autres joueurs de renom, il aura illuminé de son talent et de sa personnalité une époque des années 60 et 70. Que de qualificatifs l’entouraient : Un talent fou, un monstre de l’échiquier, un joueur d’une autre planète, un génie des 64 cases. Et, il nous dit adieu à 64 ans, à Reykjavik même, où le monde entier avait l’œil grand ouvert, en 1972, sur le championnat du Monde que Bobby écrasa de sa classe.

Quelle double coïncidence mes chers amis Lecteurs ! Quel destin !

Aussi, c’est naturellement que nous allons lui consacrer le présent « C’était il y a… ». En retournant ainsi en 1972 pour nous pencher sur ce fameux championnat du Monde Spassky-Fischer. Souvenez-vous c’était aussi un match Est-Ouest, mené par les leaders de la « guerre froide » URSS et USA à cette époque.


Rétrospective : Le Championnat du Monde de Reykjavik 1972

L’été 1972 a eu son monstre du Loch-Ness, le Championnat du Monde d’Echecs.

Cette rencontre Spassky-Fischer, tous les joueurs d’échecs y rêvaient depuis le tournoi des « Candidats » qui devait désigner le challenger du Championnat du Monde.

Ce tournoi de sélection avait tenu en haleine les échéphiles du monde entier et leur avait révélé un joueur de génie en la personne de l’Américain Bobby Fischer.

Il avait commencé par battre par 6 à 0 le fameux Taïmanov, 3 fois Champion d’U.R.S.S., puis le Champion danois Larsen, lui aussi par 6 à 0 et enfin opposé à l’ancien Champion du Monde, le redoutable Pétrossian, il l’avait éliminé par 6,5 à 2,5. Se pouvait-il qu’un Champion du Monde se révélât hors des frontières de l’Union Soviétique ?

Les Russes avaient peine à le croire, eux qui détenaient la suprématie des échecs depuis un quart de siècle. Spassky fut battu par 8,5 à 12,5.

Du même coup, Bobby Fischer faisait figure de génie et faisait pardonner son mauvais caractère et ses exigences de vedette.

Chez les books…

Il n’y a pas qu’à Reykjavik que tout se jouait.

Voici les cotations de Spassky et Fischer chez les parieurs du monde entier :

*Avant le match, en faveur de Fischer : 1 contre 5.

*Après la deuxième partie, en faveur de Spassky : 1 contre 3.

*Après la troisième partie, de nouveau en faveur de Fischer : 1 contre 7.

*Après ?...Plus personne ne voulait risquer quelque chose sur Spassky.

*la sixième partie, le nom du vainqueur ne laissait plus aucun doute.

*C’est à cette date que l’échiquier géant installé sur la place Rouge, pour permettre aux Moscovites de suivre le déroulement des parties, fut démonté et retiré sans autre explication.

Le Match

*Spassky arrive à Reykjavik le 21 juin avec son escorte d’analystes.

*Fischer demande 30% des recettes. Refusé.

*Fischer ne veut pas quitter New-York.

*Un banquier londonien offre 125 000 dollars à Fischer s’il consent à jouer.

*Fischer arrive le 4 juillet à Reykjavik.

*Spassky exige des excuses de Fischer. (Le match devait commencer le 2 juillet).

*Fischer apporte une lettre d’excuse à Spassky à quatre heures du matin.

*Fischer fait changer l’échiquier, trop brillant, et enlever deux rangées de fauteuils trop proches de la scène.

*Spassky arrive le jour J à l’heure H. Mais pas de Fischer. L’arbitre met en marche la pendule conformément au règlement.

*Fischer arrive avec sept minutes de retard, le match a commencé.

*Fischer fait une grossière faute et gaspille ses maigres chances d’annuler la partie. Spassky gagne.

*Fischer exige le retrait des caméras. Refusé.

*Fischer ne veut plus jouer et prend un billet de retour.

*Fischer perd la deuxième partie par forfait, mais ne se présente pas à l’aéroport. (Kissinger, le secrétaire d’Etat Américain (Affaires Etrangères) a-t-il, oui, ou non, téléphoné à Fischer après le forfait de la deuxième partie, ou est-ce un racontar de journaliste en mal de papier ?)

*Spassky accepte de jouer dans une arrière- salle sans caméras et Fischer gagne. Sur les 18 parties qu’il jouera encore, il en gagne 6, en annulera 11, et ne perdra qu’une seule.

Pendant ce temps-là

A la même époque, à Graz (Autriche), se déroulait le Championnat du Monde Universitaire. Tous les jours, à la télévision, les participants suivaient les parties du match et Spassky perdait partie sur partie…

Un matin, cinq ou six joueurs –russes en majorité --- analysent leurs parties. Parmi eux Karpov, le premier étudiant soviétique. Un joueur fait une grossière faute d’analyse, et Karpov le traite d…Spassky !

BOBBY FISCHER

Né à Chicago, le 9 mars 1943. Son père a quitté sa mère quand il avait 2 ans. Sa famille se fixe à Brooklyn. Un jour, alors qu’il avait 6 ans, sa sœur (11 ans) acheta un jeu d’échecs et ils se mirent à jouer d’après les instructions jointes au jeu. Il découvrit vite un livre plus sérieux et s’y absorba à l’âge de 7 ans. C’est à 11 ans qu’il devint bon selon ce qu’il avait dit lui-même. En 1956, il est Champion Juniors des U.S.A. et, en 1957, Champion « Toutes Catégories » ! La Fédération Internationale des Echecs lui décerne, en 1958, le titre de Grand Maître International. On connait sa vie de solitaire : le matin, sport ; l’après-midi, il joue aux échecs : la nuit, il analyse… Personne ne l’a jamais vu un samedi, jour où sa religion adventiste lui impose le repos.

BORIS SPASSKY

Digne représentant de l’Ecole Soviétique, continuateur d’une grande lignée de Champion du monde. Né à Leningrad, le 30 Janvier 1937. Evacué lors du siège de cette ville, il fit connaissance avec le jeu d’échecs dans un orphelinat. Ses progrès furent rapides : revenu de Leningrad à 10 ans, il disputait le Championnat des Juniors et terminait honorablement parmi des camarades nettement plus âgés. L’année suivante, il finissait cinquième du même Championnat. Ses progrès continuent : à 15 ans, il est deuxième au Championnat des adultes de Léningrad. En 1953, il est quatrième au tournoi international de Bucarest et obtient le titre de Maître International. En1954, il entre à la Faculté de Leningrad comme étudiant journaliste. En 1955 à Lyon, c’est la percée : il est Champion du monde des Juniors. Son style étonne les spécialistes par sa maturité. Enfin, en 1969, il arrache à Pétrossian le titre de Champion du Monde. Spassky est un sportif qui pratique le tennis et la natation. A 20 ans, il sautait 1.80 m en hauteur.

Références : « Mat n°2 »-mai 1975.

Voici les parties de ce match fabuleux :

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